Lettre ouverte à Monsieur Jean-Claude Juncker, Premier Ministre et Ministre des Finances
Luxembourg - Votum Klima et le Cercle de Coopération se sont adressés aujourd’hui par lettre ouverte à Monsieur Jean-Claude Juncker, Premier Ministre et ministre des Finances. Les organisations demandent un engagement fort du Luxembourg dans la question du financement des mesures d’adaptation au changement climatique dans les pays en développement.
Ce sont les populations des pays les plus pauvres de la planète qui contribuent le moins au changement climatique mais ce sont elles qui sont déjà les plus touchées et le seront encore plus à l’avenir. Or, bon nombre de ces personnes ne peuvent guère se protéger des répercussions liées au changement climatique. En plus d’appauvrir un nombre croissant de personnes, le changement climatique vient détériorer la situation de ceux qui vivent déjà dans une extrême pauvreté.
Lors de sa réunion du 10 mars, le Conseil européen des ministres en charge des finances de l’Union Européenne discutera sur la position que l’Union européenne proposera lors de la Conférence Internationale sur le climat de décembre 2009 à Copenhague. A défaut de prendre une position claire et ambitieuse, l’Union européenne risque de créer un clivage insurmontable entre les pays développés et les pays en développement. Cette posture annihilerait toute perspective d’accord global, efficace et équitable à Copenhague au mois de décembre.
Lettre ouverte
à Monsieur Jean-Claude Juncker, Premier Ministre et Ministre des Finances
Luxembourg, le 5 mars 2009
Monsieur le Premier Ministre,
Dans les tout prochains jours, vous assisterez successivement au Conseil Européen des
ministres en charges des finances ainsi qu’au Sommet des Chefs d’état et de gouvernement de
l’Union Européenne. Vous aurez, ensemble avec vos collègues, à y définir la position commune
que l’Union Européenne défendra lors de la Conférence Internationale sur le climat en
décembre 2009 à Copenhague.
A nos yeux, il est indispensable que la communauté internationale aboutisse, lors de cette
conférence, à un accord climatique global, efficace et équitable afin de ne pas sombrer dans un
vide juridique après 2012. Il ne peut donc plus être question de tergiverser. L’urgence
dramatique de la situation de nombreuses régions victimes de la dégradation du climat mondial
impose que les dirigeants européens assument sans ambiguïté leurs responsabilités historiques
et renouent avec le leadership qu’ils ont su assumer à l’origine des négociations internationales
sur la protection du climat, la politique de coopération au développement et le développement
durable.
Nous vous prions instamment de faire tout ce qui est en votre pouvoir afin que :
- L’UE instille la dynamique et la volonté politique nécessaire à l’obtention d’un accord
international global lors de la conférence de Copenhague ;
- L’UE envoie un signal concret et fort en proposant une enveloppe financière suffisante,
ferme et sans équivoque pour les pays en développement. Tout montant inférieur à 35
milliards d’€ par an ne serait pas crédible ;
- L’UE s’engage à financer la lutte contre le changement climatique par de l’argent frais et
supplémentaire afin de garantir des fonds suffisants et accessibles sans avoir recours
aux montants actuellement prévus pour l’aide au développement ;
- L’UE développe et intensifie de manière inconditionnelle l’accessibilité des nouvelles
mesures et technologies d’adaptation aux populations qui souffrent le plus des effets du
changement climatique ;
- L’UE s’engage à réduire ses émissions de gaz à effet de serre d’au moins 30 à 40% d’ici
2020 par rapport aux niveaux de 1990 et d’au moins 80 à 95% d’ici à 2050. La plus
grande partie de ces réductions devra être réalisée de manière domestique ;
- Le recours aux « mécanismes flexibles » ne soit autorisé que
- si de nouveaux critères d’additionnalité et de durabilité plus stricts sont mis en
œuvre
- pour les réductions qui dépassent les 30 à 40% réalisés au niveau domestique.
A défaut de prendre une position claire et ambitieuse telle que décrite ci-dessus, l’Union
Européenne risque de créer un clivage insurmontable entre les pays développés et les pays en
développement. Cette posture annihilerait toute perspective d’accord global, efficace et
équitable à Copenhague au mois de décembre.
Au moment même où vous lirez ces lignes, nos partenaires dans les pays du sud déplorent les
victimes de sécheresses, d’inondations, de cyclones tropicaux, et de raz de marée. Ces effets,
qui sont appelés à s’amplifier, menacent gravement les perspectives de développement de ces
pays, autant que la réalisation des Objectifs du Millénaire pour le développement.
Pour paraphraser Monsieur Maurice Leuenberger, conseiller fédéral suisse, nous ne vous
souhaitons pas de devoir répondre un jour à la question de l’un de nos enfants : « Vous saviez,
vous en aviez parlé, et pourtant vous n’avez rien fait. Pourquoi ? » Il faudra pour cela trouver le
courage de dessiner les solutions de demain aujourd’hui.
Nous croyons en votre engagement à agir de manière constructive pour ne pas rater cette
occasion unique pour l’Europe et pour le monde.
Veuillez croire, Monsieur le Premier Ministre, en l’expression de notre plus profonde considération.