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Communiqué de Presse du 8 avril 2009
Pour sortir de la crise financière par le haut, une généralisation des principes de responsabilité et de transparence

Après la projection en avant première de Let’s make money, qui dépeint de manière crue les côtés les plus sombres de la mondialisation financière, l’association etika - Initiativ fir Alternativ Finanzéierung - et le Centre national de coopération au développement (CNCD - 11.11.11) de Belgique présentent des pistes de solutions pour sortir de la crise.

Nous sommes loin d’avoir fini de comptabiliser les conséquences de la crise au Luxembourg comme à l’étranger. Cette débâcle aura été au moins l’occasion de poser dans le débat public des questions fondamentales relatives à la finalité de l’outil financier comme vecteur de développement humain. Comme l’a montré le documentaire Let’s make money, la finance dérégulée et orientée exclusivement sur le court-terme avait déjà fait les preuves de son incapacité à répondre aux besoins humains bien avant l’éclatement de la crise des subprimes aux Etats-Unis, en 2007. Pour Mohamed Yunus, le Prix Nobel de la paix 2007, cette crise n’est pas "la seule crise à l’heure actuelle" mais une épreuve supplémentaire qui vient s’ajouter aux crises alimentaire, énergétique et climatique. Bien que reléguées au second plan de l’actualité, celles-ci n’en continuent pas moins de frapper durement les populations les plus précaires de la planète. Selon le fondateur emblématique de la microfinance moderne, "toutes ces crises ont la même origine, elles sont nées des failles structurelles de notre système, [...] et l’économie actuelle est exclusivement tournée vers la maximisation des profits".

Les organismes de développement et les banques sociales ont depuis longtemps travaillé sur cette problématique. Comme tous les acteurs de la finance sociale présents dans le monde entier, etika milite plus que jamais pour que la finance sociale ne soit pas l’apanage d’un petit club d’investisseurs éclairés traitant avec quelques entrepreneurs privilégiés, mais pour que les pratiques de la finance sociale se développent de manière conséquente au Nord comme au Sud. Pour arriver à cette fin, le volontarisme ne suffit pas et nous croyons fermement que les autorités publiques doivent reprendre leurs prérogatives pour remettre l’économie de marché au service de l’humain.

Pour cela nous estimons que les pouvoirs publics doivent prendre leurs responsabilités pour réintégrer les principes de responsabilité et transparence qui sont le ciment de la finance sociale. Les pays disposant d’une place financière importante doivent de manière coordonnée réfléchir à :

  1. Inciter les banques à se concentrer sur leur métier de base, à savoir mettre en relation des investisseurs et des entrepreneurs afin de favoriser le financement d’activités de long terme. Cela revient à se concentrer sur des créations de richesses répondant aux besoins humains, en prenant en compte en plus de la création de valeur financière l’impératif social et environnemental. Cette incitation pourrait se concrétiser, d’une part, en instaurant une séparation stricte des métiers bancaires et, d’autre part, en facilitant l’accès au crédit à des taux bas ou modérés pour des crédits d’investissements destinés aux entreprises faisant preuve de responsabilité environnementale et sociale ;
  2. Pénaliser les investissements dédiés au court-terme et à la spéculation : Il convient de taxer progressivement les mouvements de capitaux spéculatifs, de façon à rendre ceux-ci financièrement non rentables : c’est le principe de la taxe Tobin-Spahn sur les marchés de devises qui a été votée par le Parlement Belge en 2004. Elle est praticable sous réserve de son adoption par les autres pays membres de l’UE. Ces outils empêcheront ainsi des spéculateurs de s’enrichir au détriment de la collectivité comme ce fut le cas avec Georges Soros qui a contraint la Banque d’Angleterre à sortir la livre sterling du système monétaire européen en 1992 ;
  3. fixer des limites d’endettement pour les établissements financiers - y compris les fonds spéculatifs et les fonds de capital investissement - de telle sorte que les conséquences de leurs éventuelles faillites ne soient plus une menace pour une économie nationale voire mondiale. Rappelons qu’il n’a pas fallu attendre 2008 pour vivre une telle situation : la quasi-faillite du fonds spéculatif américain LTCM en 1998 aurait pu entraîner à lui seul une crise financière mondiale s’il n’avait pas été renfloué en urgence par les fonds publics de la Federal Reserve. L’immense majorité des habitants de cette planète ne doivent plus payer à l’avenir des erreurs qui ne sont pas de leur responsabilité ;
  4. Interdire aux banques d’accepter les flux financiers issus de l’évasion fiscale : une finance à finalité sociale n’est pas compatible avec la pratique d’un dumping fiscal.
  5. Mettre sous tutelle publique les agences de notations, mais également les chambres de compensation internationales (Clearstream et Euroclear) et la société Swift, sachant tous les flux de capitaux de la finance mondiale transitent par ces trois sociétés. Il sera ainsi facile de tracer les opérations financières mondiales, contrairement à ce qui avait été dit dans le passé.

Ces mesures sont toutes techniquement applicables. Jusqu’à présent la volonté politique à la fois déterminée et concertée entre les gouvernements des pays abritant les grandes places boursières ont fait défaut. La crise que nous vivons a permis d’ouvrir une fenêtre. Comme Mohamed Yunus l’affirme, de "la plus profonde des crises" peut naître "la meilleure des opportunités" : "Tant que les choses fonctionnent à peu près, personne ne veut rien changer, mais maintenant que ça ne marche plus, c’est le bon moment" pour réformer le système. Etika et le CNCD continueront de travailler avec les réseaux européens et mondiaux pour que ces propositions soient démocratiquement débattues et progressivement appliquées. Ces questions seront d’ailleurs à l’ordre du jour de la conférence annuelle des investisseurs de l’économie sociale qui se tiendra à Schifflange du 22 au 25 avril prochain dans le cadre de la rencontre internationale Lux 09.

Ces propositions sont soutenues par :

  • Les Amis du Monde diplomatique Luxembourg,
  • Action Solidarité Tiers Monde - ASTM,
  • ATTAC Luxembourg,
  • Cercle des ONGD,
  • Co-labor,
  • Commission luxembourgeoise "Justice et Paix",
  • Demeter Bond,
  • Fondation Caritas,
  • Fondation Ökofonds,
  • Haus vun der Natur,
  • Institut Européen de l’Economie Solidaire (INEES),
  • Transfair Minka.

Plus d’informations sur le site www.etika.lu